Le Cap des Affranchis

Nouveau roman
Mars 2021

En 2020, je m’arrime à une trilogie romanesque aux histoires distinctes et autonomes. Tandis que je fabriquais les trames des deux autres récits, Le Cap des Affranchis s’est peu à peu imposé comme premier volet.

C’est la rencontre de deux garçons dans l’océan Indien en 1997. L’un est français, l’autre est mauricien. Ils sont attirés et immédiatement placés devant tout ce qui les sépare. Pour donner corps à la possibilité d’une intimité, ils se confrontent à l’empilement des préjugés et tabous de leurs mondes respectifs. Derrière leurs propres visions du monde et leurs limites, il leur faut inventer un espace.

Le livre présente la première année de ces confrontations multiples avec le réel.

Cette histoire s’adresse à tout le monde. Je tenais à cette simplicité, à ce minimalisme. C’est une aventure universelle, une tourmente universelle, un défi universel. Une éthique universelle.

Les auteurs sont souvent habités par des tocs. Moi, ce serait de me demander s’il est encore possible d’être un Juste dans une situation inextricable. Comment l’être ? Pourquoi l’être ? Comment aimer et que signifie aimer ? Que met-on en scène de soi dans le lien à autrui ? Peut-on se désaliéner de ses déterminations psychosociologiques et culturelles, ses résistances, ses obsessions, ses préjugés, ses faiblesses, son confort, ses névroses ? Peut-on agir en commun ?

J’ai bien d’autres affinités, mais dans mon panthéon d’écrivains, en me replongeant dans la vie de ces deux garçons, ce sont souvent les figures de Fernando Pessoa, Frantz Kafka, Milan Kundera, Romain Gary ou Arthur Rimbaud qui surgissaient. Je pourrais en citer 30 autres pour un mot, une idée, une sensation. Les barrages de Marguerite Duras, l’endoctrinement impossible de Camus, l’enragement pour la liberté de Simone Weil, la douce intransigeance de Vladimir Jankélévitch, les métamorphoses successives de Victor Hugo, les combats de Voltaire et de Spinoza contre tous les fanatismes mais c’est surtout Baudelaire. C’est à cause de son voyage dans les Mascareignes, à l’île Maurice et à la Réunion. C’est à cause des lisières et des vertiges dans son immense poésie qui se découvrent dans les matins.

À chaque réveil, Rainer Maria Rilke implorait qu’il se passe quelque chose avant qu’il ne rencontre Lou Andreas-Salomé et ne s’embarque avec elle dans un périple russe jusque chez Léon Tolstoï.

Moi, il s’est passé quelque chose un jour de mai 1997 et j’ai senti le besoin de le raconter maintenant avec les mots imparfaits et inquiets d’hier.

Si le lecteur se met en situation, s’il se demande : Et moi, qu’aurais-je fait là ? S’il s’en mêle avec ou contre le narrateur dans son combat donquichottesque contre un fonctionnaire emblématique et caricatural, cet ennemi commode qu’il s’est trouvé pour mener sa guerre et tenir debout, alors il se sera passé quelque chose.